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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 21:43

"Sur le portrait photographique que Nadar fait de lui en 1897, Claude Monet est âgé 57 ans. Il porte une longue barbe de Père Noël encore sombre et fixe l'objectif de ses yeux noirs avec une intensité comparable à celle du regard photographié de Picasso un demi-siècle plus tard. Ce n'est pas un regard bravache ou revanchard ou vaniteux ; Claude Monet paraît simplement sûr de lui et de son talent, confiant dans sa peinture et dans le style impressionniste qu'il inventa, théorisa et développa malgré les réticences, les désapprobations, et parfois même le rejet violent de ses contemporains. En 1897, il est reconnu et ses toiles se vendent bien, à des prix conséquents, ce qui lui a permis deux ans plus tôt de faire construire un pont japonais sur le plan d'eau qu'il a fait creuser dans sa propriété de Giverny, acquise en 1890 grâce aux subsides de son marchand Paul Durand-Ruel. ?Mais ce n'est pas non plus un regard triomphant, hautain, snob. Tous ceux qui ont rencontré Claude ­Monet ont été impressionnés par ses yeux. Une dizaine d'années auparavant, les frères Goncourt sont frappés par les « terribles yeux noirs d'un tapeur des Abruzzes ». Quelques années plus tard, un écrivain, Marc Elder (il ­obtient le prix Goncourt en 1913 avec un roman, Le Peuple de la mer, préféré au Grand Meaulnes d'Alain-Fournier) rencontre « le maître » et le décrit ainsi : « Une main dans la poche, la cigarette dans la barbe, Claude Monet marche avec cette tranquillité ferme qui est le propre d'un bel équilibre et d'une santé parfaite. Il est vêtu d'étoffes claires, ne souffrant ­jamais sur lui ni aux alentours les couleurs sombres. L'hiver, de grands manteaux beiges et un gilet de taupe, tendre et soyeux - des taupes du jardin, naturellement. En toute saison, des chapeaux rustiques, feutre ou paille, bien campés sur le chef. C'est la silhouette du bon jardinier, trapu, d'aplomb, évoquant à la fois la force sylvestre et les clartés d'avril. Mais s'il se retourne, vous voyez son oeil aiguisé, volontaire, tranchant, imprévu dans la bonhomie apparente. » Et même Sacha Guitry qui regrette, lorsqu'il veut filmer Monet en 1915, « le manque de conversation » du peintre, remarque « l'ironie de ses grands yeux profonds ». Olivier Cena Télérama n° 3165

Claude_Monet_1899-par-Nadar.jpg

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Published by Les conquérants de l'illusion
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